Ce dimanche est d’un caractère exceptionnel, tout d’abord parce qu’il s’inscrit dans la ferveur de la joie pascale, mais surtout parce qu’il marque la célébration de la divine miséricorde, tel que voulu par le Seigneur Jésus lui-même, lors de ses conversations privées avec Sœur Faustine dans un monastère de Plonk en février 1931 en Pologne. Cette fête qui se célébrait dans l’archidiocèse de Cracovie dès 1985, va progressivement gagner toute la Pologne chrétienne, avant d’être instituée en avril 2000, sous le pontificat du pape Jean-Paul II, en une fête de toute la chrétienté catholique. À Sainte Faustine, Jésus a dit:  » Je désire que le premier dimanche après Pâques soit la fête de la Miséricorde. Je désire que la fête de Miséricorde soit le recours et le refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. En ce jour, les entrailles de ma miséricorde sont ouvertes, je devance tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approcheront de la source de ma miséricorde, toute âme qui se confessera et communier à recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur punition. En ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoulent les grâces « . Cette fête que nous célébrons avec toute l’Eglise universelle émane donc de la volonté de notre Seigneur Jésus-Christ lui-même. Elle va dans le sens de l’enseignement de l’Eglise et s’harmonise avec le contenu de la Révélation, qui nous dit que notre Dieu est un Dieu plein de miséricorde. La miséricorde est un geste de pur amour. Elle est l’expression du grand désir de Dieu de sauver et de racheter l’humanité entière et sa création. Dieu nous invite seulement à nous ouvrir et à accueillir sa miséricorde toute offerte et donnée gratuitement.
La fête de la miséricorde divine s’énonce comme une réponse au jansénisme, cette hérésie qui défigure le visage d’amour de Dieu et nous confine dans une peur stressante et angoissante de Dieu. Le jansénisme nie en effet la miséricorde de Dieu tout en livrant une image erronée et étriquée de Dieu. Sans la miséricorde, Dieu serait vidé de sa substance, parce qu’il n’aurait plus en lui l’amour pour aimer, pour créer, pour être providence et pour nous pardonner.
La miséricorde se décline comme une grâce que nous devons tout simplement accueillir en nous reconnaissant comme de pauvres pécheurs. Et en ne mettant pas d’obstacle à la miséricorde de ce Dieu qui vient à notre rencontre avec des réflexions de ce genre:  » Je ne pense pas que Dieu puisse me pardonner. »
Non bien-aimés frères et sœurs dans le Christ, éloignons de cet anthromorphisme qui nous fait dire de Dieu ce qu’il n’est pas. Il est l’Etre bon par essence et par définition. Revenons donc au Seigneur quelque soit le poids, le nombre et la gravité de notre péché. L’une des plus grandes offenses que nous puissions faire à Dieu, c’est de douter de sa miséricorde, ou encore d’imposer des limites à l’action de sa miséricorde. La fête de la Divine miséricorde retentit comme l’écho prolongé des textes du temps de carême:  » Revenez à moi, je ne suis qu’amour et bonté. » Soyez miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux « .
Dieu ne peut pas se contredire en nous incitant à l’imiter et en retenant contre dans un même temps, nos péchés. En lui il n’y a pas de principe de contradiction, (pour emprunter cette expression d’Aristote) .
C’est plutôt l’homme qui refuse la miséricorde en s’enfermant par suffisance et orgueil dans le péché, dans un refus obstiné de s’améliorer et de demander pardon. Nous pouvons voir cela dans l’épisode du péché originel dans le livre de la Genèse. Dieu cherchant Adam et Ève, qui s’étaient cachés à cause de leur faute, qui les avait à nu devant Dieu. Dans l’échange qui s’ensuit, aucun des deux ne demande pardon. L’un et l’autre cherchent un bouc émissaire sur qui rejeter la responsabilité de leur faute. Et c’est bien cela notre péché.
Jésus l’initiateur de cette fête de la miséricorde divine, nous montre encore aujourd’hui, à travers l’évangile de ce jour les preuves de sa miséricorde.
« Ceux à qui vous remettrez leurs péchés, ils leurs seront remis. Ceux à qui vous maintiendrez leurs péchés, il leur seront maintenus. » Par ses paroles, Jésus institue le sacrément de la pénitence et de la réconciliation. Il choisit ses apôtres comme les gérants et les intendants de ce sacrément, aujourd’hui exercé par les prêtres. On ne peut croire en sa miséricorde et refuser de le rencontrer dans ce sacrément où se déploie à profusion sa miséricorde. Les prêtres ne sont que des instruments. Ils ne nous jugent pas. Ils ne retiennent pas nos péchés dans leur mémoire… Tout comme nous prenons soin de notre hygiène corporelle, il nous faut prendre soin de l’hygiène de notre âme par le sacrément de la pénitence.
A l’annonce de la résurrection, les premiers à mettre en doute l’événement de la résurrection sont des personnes du cercle de Jésus, et non pas les détracteurs de Jésus. Il y a de quoi à être scandalisé et même énervé. Et pourtant Jésus garde son calme. Il revient à plusieurs reprises pour se manifester à eux, en l’occurrence à Thomas, qui mettait en doute le témoignage des 10 autres. Il maintenait sa foi sur l’évidence d’un constat à partir de ses sens. Thomas, un pur empiriste de la foi pourrait on dire aujourd’hui. Jésus fait des reproches à Thomas: « Ne sois pas incrédule, sois croyant ».
« Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Telle est la parole que Jésus nous adresse aujourd’hui, en nous invitant à ne pas nous focaliser essentiellement sur l’évidence de nos sens pour croire en lui. Les témoignages et les signes qu’il accomplit, sont pour nous autant de repères et de preuves de sa résurrection. Et l’expérience de la miséricorde divine est une preuve de la résurrection, de son amour pour nous encore aujourd’hui. Soyons aujourd’hui des apôtres, des messagers, de sa résurrection et de sa miséricorde. A toutes ces personnes découragées et emprunts au doute, apportons leur, l’heureuse nouvelle de la miséricorde. Dieu peut tout pardonner. Et soyons-nous mêmes des témoins de cette miséricorde, en pardonnant, c’est cela le signe de l’homme ressuscité avec le Christ.

Bonne fête de la Divine miséricorde.

P. Cyrille Muriel Yapi
Paroisse saint Martin de l’Isle Crémieu