ma visitation

ma visitation

L’équipe de la pastorale de la santé a différentes missions, dont celle de visiter ou de porter la communion aux malades.
Voici le témoignage d’une personne de l’équipe qui a été appelée à l’hôpital dans le service des soins palliatifs.

« vous savez ça va être difficile, attendez-moi devant la chambre, je vous rejoins pour vous expliquer »

L’appel

Cet après-midi-là, un jeudi du mois d’août dernier je prends congé de la personne qui sera ma dernière visite lorsque mon téléphone sonne. C’est un numéro de l’hôpital. Je réponds ; aussitôt un médecin du service palliatif me demande si je peux aller voir une jeune femme de 30 ans en fin de vie, qui voudrait prier. Je réponds par l’affirmative. Elle semble hésiter et me dit « vous savez ça va être difficile, attendez-moi devant la chambre, je vous rejoins pour vous expliquer ».

L’arrivée à l’hôpital

Lorsque j’y parviens, une femme d’une quarantaine d’années, très douce et déterminée à la fois semble-t-il, s’approche de moi et se présente comme le médecin. Elle m’informe que la malade, Sophie*, souffre énormément de violents maux de tête et ne supporte pas la lumière. « C’est impressionnant, me dit-elle, êtes-vous sûre que vous voulez y aller ? Cela peut être très dur pour vous ; si vous ne vous sentez pas capable, ne forcez pas ; on n’est pas obligé de tout pouvoir faire » Là, j’ai un moment de panique… Qu’est-ce que je vais trouver et comment gérer ? De toute façon, je suis toute seule de l’aumônerie dans l’hôpital, je lui réponds donc « ça va aller, elle a demandé à prier, nous allons prier ensemble ». « Je vous accompagne », me dit-elle et nous entrons dans la chambre pleine d’obscurité…. Juste une petite veilleuse, et là, dans la pénombre sur le lit, la tête déformée et les yeux agrandis et déformés par la tumeur, Sophie ! Le médecin me présente.

Sophie me demande : « tu es venue prier avec moi ? » je réponds par l’affirmative. Je sus plus tard qu’elle tutoyait tout le monde mais je sens, je ne sais trop pourquoi, que je dois conserver le vous. Tandis que le médecin repart je propose à Sophie de réciter le notre Père, la prière de Jésus. Elle dit oui avec enthousiasme malgré son mal de tête.

Tandis que je dis la prière, elle ne dit rien, sans que je sache si elle ne la connait pas ou si elle l’a oubliée, mais elle est extrêmement attentive, et ne me quitte pas des yeux. Après, elle me bombarde de questions puis me présente tout ce qui l’entoure, ses petits trésors, des dessins, des petits objets fabriqués (la plupart émanant de personnes de son foyer). Elle me raconte comment chacun d’eux est arrivé là, le tout entrecoupé de silence car il est évident que parler la fatigue beaucoup, même si elle en a besoin.

Puis elle me dit : « On peut prier encore ? » 

Je récite pour elle et avec elle, même si elle ne dit rien, « Je vous salue Marie », et la confie, à haute voix à la Vierge. Je prends conscience alors que ses yeux écartés, sa tête difforme ne m’obsèdent plus : La personne, l’échange, – même s’il peut paraître sommaire-, ont pris toute la place et quand je me lève pour partir, elle me dit comme si c’est évident- et cela l’est sans doute. 

« Tu reviens demain ! »

J’acquiesce. Il n’était pas prévu je revienne le lendemain mais je crois qu’à ce moment-là, j’en avais besoin autant qu’elle. Sur la route du retour, pas possible vraiment de prendre du recul, de « fermer le tiroir » pour passer à autre chose.

« si tu veux, je t’accompagnerai pour lui donner le sacrement des malades »

Le lendemain matin, j’en parle à un ami prêtre et religieux qui célèbre régulièrement dans les maisons de retraite où je visite. Il écoute ; tout à coup, lui qui n’aime guère les hôpitaux, me dit : « si tu veux, je t’accompagnerai pour lui donner le sacrement des malades »
L’après-midi, avant d’entrer dans la chambre, je vais voir dans le service l’infirmière responsable je lui pose la question : « Faut-il demander à la maman de Sophie son accord pour cette démarche ? » La Jeune femme me répond : « Sophie est sous tutelle, mais pas de sa maman ; C’est elle qui a fait la démarche pour que vous priiez avec elle ; demandez-lui ce qu’elle souhaite et allez-y.

La chambre n’est plus dans la pénombre

Sophie m’accueille comme si on se connaissait depuis toujours. « Ah ! Tu vois, je savais que tu viendrais » La chambre n’est plus dans la pénombre et un énorme pansement cache un de ses des yeux. Elle ajoute : « Alors, on prie ? » Et, de la même façon que la veille, nous prions le « Notre père ». Je propose à Sophie de recevoir le sacrement des malades, expliquant ce que c’est et que cela peut l’aider à se sentir plus forte et plus en paix. « Demain ? » demande-t-elle. C’est entendu pour le lendemain samedi.

« Ce sera vos compagnons pour la route »

 

Quand nous arrivons le lendemain après-midi, Sophie nous accueille toujours avec la même simplicité, le même enthousiasme. Nous prions un moment puis le père lui donne le sacrement des malades. Quand il a fini, elle s’écrie, son visage déformé rayonnant de joie : ah ! C’est trop bien ! C’est la toute première fois qu’on a une telle réaction et c’est inoubliable ! Le père a dans son « Prions en église » une image de la Sainte Famille. Il me la tend pour que je la donne à Sophie. Qui c’est ? demande-t-elle ? Je les lui présente en lui disant : « Ce sera vos compagnons pour la route » Elle a un beau sourire et garde l’image serrée contre elle jusqu’ à notre départ.

Le lendemain soir, le père a dit la messe dominicale pour Sophie : ce fut l’occasion de parler d’elle à la communauté paroissiale et de partager ce moment rare où elle a reçu, dans une vraie joie, le sacrement des malades par ce simple « c’est trop bien »
Sophie rejoint le père le surlendemain, j’ai appris au moment où j‘allais à la voir qu’elle venait de s’éteindre. Elle reste au cœur comme une personne connue et impossible de savoir vraiment laquelle des deux à visité l’autre.

Catherine B.

* Pour des raisons de confidentialité les prénoms ont été changés