Homélie 5ème dimanche de Pâques

Prière en temps d'épidémie

Homélie 5ème dimanche de Pâques

Bien aimés frères et sœurs dans le Christ !

Le cinquième dimanche de Pâques par la thématique des textes liturgiques nous prépare à l’éventualité de la séparation prochaine de Jésus ressuscité d’avec ses disciples. Il n’est plus présent physiquement au milieu d’eux. Mais ces fréquentes apparitions avaient le mérite de raviver leur foi et de les fortifier. Dans ce discours aux airs d’adieu tiré de l’Evangile de saint Jean, Jésus fait une promesse à ses amis. Celle d’aller leur préparer une place auprès du Père. Et de revenir les prendre par la suite afin que là où il sera, eux aussi soient avec lui. Cette promesse est encore valable aujourd’hui. C’est elle qui nourrit notre espérance dans ce monde présent, monde au sein duquel nous sommes en pèlerinage. La vie avec le Ressuscité ouvre sur la vie éternelle, dans la pleine communion avec Dieu. Et c’est le Ressuscité qui nous conduit dans cette communion totale avec Dieu. Il se présente à nous comme le Chemin, la vérité et la vie. Nul ne peut entrer dans cette communion divine sans passer par lui.

Rappelons-nous que le dimanche dernier, Jésus se présentait à nous comme le Bon Berger, qui entre dans la bergerie par la porte et qui connait ses brebis. C’est par lui en effet que nous avons accès au Père, à la vie divine. Désormais c’est vers cette réalité que nous sommes tendus, car c’est bien cela le but ultime de toute notre vie : Vivre dans la communion divine parfaite avec Dieu. Jésus aujourd’hui réitère cette promesse à chacun de nous, en raison de la nouvelle identité qu’il nous acquise par sa mort et sa résurrection. Nous sommes à présent une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut.

C’est pourquoi, nous nous devons d’entrer dans la construction de la demeure spirituelle en étant de véritables pierres vivantes et agissantes. Et c’est cela le sens du service que la première lecture nous invite à intégrer dans notre vie de chrétien. Le Seigneur part nous préparer une place. Nous ne devons pas rester oisifs en attendant ce jour. Nous devons chacun en ce qui le concerne s’investir non seulement dans le service de la Parole pour faire connaître Jésus et l’Evangile, mais nous investir par ailleurs à la table de la charité pour le compte de nos frères et sœurs marginalisés, nécessiteux, et souffrant d’un quelconque mal. Le service de la charité ne doit pas être de vue dans notre humanité où l’individualisme et l’égoïsme sont désormais établis en normes de vie. On ne peut prétendre faire partie du sacerdoce royal, de la nation sainte sans avoir une option préférentielle pour les pauvres. Nos sociétés humaines ont davantage besoin de notre charité, de notre sens du service pour lui donner un visage nouveau et transfiguré.

N’ayons donc pas peur de nous engager dans notre communauté paroissiale. Soyons donc des pierres vivantes au sein de notre Eglise où chacun de nous est utile et a une place.

Père Cyrille

Homélie du 4ème dimanche Pascal

Prière en temps d'épidémie

Homélie du 4ème dimanche Pascal

Chers frères et soeurs,

Aurons-nous encore la patience d’attendre jusqu’au mois de juin ? Pourquoi ne ferions-nous pas comme les disciples avant la Pentecôte ? Prier en cachette et en petits groupes ? Plusieurs d’autres questions hantent notre conscience chrétienne depuis que nous avions écouté le discours du 1er ministre. Mais sans se décourager, cette situation nous invite à discerner ce que Dieu nous donne à voir, à comprendre. Prions davantage ! Que devons- nous faire ? Tout ne dépend pas de nous.

Les textes bibliques de ce 4ème dimanche nous parlent du salut offert en Jésus Christ. Nous avons entendu la prédication de Pierre entouré des autres apôtres. Ils sont tous sortis du lieu où ils étaient « confinés » pour annoncer avec force la bonne nouvelle de l’Évangile: «Que tout le peuple d’Israël en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ ». La tâche de Pierre, ce matin-là, c’est donc de leur ouvrir les yeux : oui, ce Messie dont vous n’avez pas cessé de parler ces jours-ci, c’est bien lui, qui a été exécuté ici même à Jérusalem, il y a quelques semaines. La réponse a été immédiate : « Que devons-nous faire ? » les gens ont été touchés par cette prédication de Pierre. Beaucoup se sont fait baptiser. Pour eux, c’est vraiment « la joie de l’Évangile ». Quand on a accueilli le Christ dans sa vie, plus rien ne peut être comme avant.

Mais cette vie nouvelle ne va pas sans difficultés. Dans la seconde lecture, Pierre s’adresse à des communautés qui connaissent des épreuves : « Si l’on vous fait souffrir alors que vous avez bien agi, vous rendrez hommage à Dieu en tenant bon,…C’est bien à cela que vous avez été appelés, puisque le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces ». Il les exhorte à se tourner vers ce modèle qu’est le Christ : Au jour de son baptême dans les eaux du Jourdain, il est rentré dans l’eau, pur de tout péché ; il en est ressorti porteur de tous les péchés du monde. Il les a pris sur lui pour nous en libérer. Injustement traité, il s’en remettait à Dieu. C’est par ses blessures que nous sommes guéris. L’opprimé qui est conscient de partager la destinée de son Seigneur n’aura plus jamais une âme d’esclave. Il découvrira que le Seigneur est son berger et qu’avec lui, rien ne saurait lui manquer (Psaume 22).

C’est précisément cette image du berger que Jésus utilise dans l’Évangile de ce dimanche. Tout au long de son ministère, nous le voyons parcourir les villes et les villages pour annoncer la bonne nouvelle. Il y rencontre des foules qui sont « comme des brebis sans berger ». Il est remué jusqu’au plus profond de lui-même par leur douloureuse situation. Les autorités religieuses qui auraient dû s’en occuper les ont pratiquement abandonnées. Le prophète Jérémie dénonce ces « misérables bergers qui laissent périr et se disperser les brebis du pâturage ». Aujourd’hui, le Christ dénonce les pharisiens qui expulsent les brebis du troupeau de Dieu.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que Jésus se présente à tous comme l’unique vrai pasteur. C’est vrai que les évêques et les prêtres sont présentés comme les bergers du peuple qui leur est confié. Dans les groupes de prière, il y a aussi un berger. Le groupe charismatique met en valeur la place du berger dans l’organisation du groupe selon les charismes de chacun. C’est également vrai pour tous ceux qui exercent des responsabilités dans différents domaines. Mais les uns et les autres ne pourront être bergers que s’ils sont vraiment reliés au Christ « berger de toute humanité ». Nous ne sommes que des intendants.

Dans l’Évangile de ce jour, Jésus se compare également à « la porte des brebis ». C’est par lui que nous devons passer si nous voulons être de vrais pasteurs. Ceux qui ne passent pas par la porte sont « des voleurs et des bandits ». Ces derniers ne viennent que pour voler, égorger et détruire. Ce n’est pas le cas de Jésus : il est venu pour « chercher et sauver ceux qui étaient perdus ». Il veut que tous les humains aient « la vie en abondance. » Au cours de temps pascal, nous avons entendu le dialogue de Jésus avec Nicodème : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique. »

Nous sommes envoyés pour continuer ce que Jésus a fait. Mais rien n’est possible sans lui. Il est le passage obligé. Tout le travail de nos communautés chrétiennes doit passer par lui. Notre mission n’est pas de travailler « pour » le Seigneur mais de faire le travail « du » Seigneur. C’est de lui qu’on reçoit le salut et la vie en abondance. Nous devons accueillir cet Évangile comme une invitation à remettre le Christ au coeur de nos vies et à nous laisser guider par lui.

Le 4ème dimanche de Pâques est devenu la journée de prière pour les vocations. Nous pensons aux évêques, aux prêtres, mais aussi, pour des hommes et des femmes consacrés, toute leur vie, de différentes manières : vie religieuse dans la contemplation ou le service d’autrui, sous les formes les plus variés, vie laïque aussi. Bref, ce don total d’une existence qui, dans tous les domaines de l’activité humaine, renonce à ce qu’il serait normal et loisible d’entreprendre, pour répondre à l’appel de Dieu et être disponible aux frères ou soeurs si besoin est. La vocation n’est pas seulement l’affaire de quelques-uns, l’appel du Seigneur est pour tous. Il compte sur chacun de nous pour être les témoins et les messagers de son amour dans le monde d’aujourd’hui. C’est ainsi que nous pourrons participer à son oeuvre de rassemblement : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. » Comprenons bien : il ne nous

envoie pas seuls mais les uns avec les autres et surtout avec lui. La vocation de tout baptisé est vocation à devenir disciple du Christ ; c’est en Église que nous participons à sa mission d’annonce de l’Évangile au monde.

Pour terminer nous retiendrons volontiers une leçon de cet évangile : Jésus nous dit que les brebis suivent le berger parce qu’elles connaissent sa voix : derrière cette image pastorale, on peut lire une réalité de la vie de foi ; nos contemporains ne suivent pas le Christ, ne seront pas ses disciples si nous ne faisons pas résonner la voix du Christ, si nous ne faisons pas connaître la Parole de Dieu. Chacun est invité à faire entendre par tous les moyens le son de sa voix.

D’une manière pratique, après le 11 mai, ne pouvant pas vite reprendre nos rassemblements dans l’église, nous serons appelés à mettre plus en valeur les fraternités locales, nous réunissant en petits groupes de 4,6,7… personnes dans nos maisons pour entendre et faire entendre la voix du Seigneur. A l’image de la première communauté chrétienne, ce petits assemblées domestiques autour de la Parole de Dieu boosteraient notre vivre ensemble et renforceraient notre témoignage chrétien. Nous verrons comment nous organiser pendant cette période du 11 mai jusqu’à la reprise effective des activités dans nos paroisses. Car, les décisions du gouvernement ne s’opposent pas à notre conscience durant cette période, de vous visiter, de prier avec des familles, confesser…L’essentiel est que nous respections les mesures de distanciation sociale.

Que puisse le Seigneur, par l’intercession de la Vierge-Marie, qui nous accompagne durant ce mois de mai comme toujours, nous donner plus de patience, d’espérance, de l’écoute- méditative de sa Parole, sa protection pendant le confinement et après le confinement, afin qu’en communion les uns avec les autres et avec toute l’Église, nous pouvons chanter et proclamer : « Tu es mon berger, ô Seigneur, rien ne saurait manquer où tu me conduis. » Amen

Homélie 3eme dimanche de Pâques

Homélie 3eme dimanche de Pâques

Bien aimés frères et sœurs dans le Christ !

Voici 3 dimanches déjà, que la vie a jailli du tombeau et que Christ est ressuscité. Oui, nous célébrons dans la joie, (Malgré le confinement), l’évènement central de notre foi qui est la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ !
Cette nouvelle de la résurrection nous est rappelée par l’apôtre Pierre à travers la première et la deuxième lecture. Saint Pierre en effet, dans ses deux discours, nous fait entrer dans l’intelligence des Ecritures. Il nous initie à l’histoire du salut en nous faisant comprendre que la mort et la résurrection de Jésus-Christ, gage de notre salut, étaient de toute éternité dans le dessein de Dieu. « Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la préscience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. » La mort en effet ne pouvait retenir dans le tombeau l’auteur de la vie. Et c’est bien ce que nous dit le psalmiste en ce jour : « Mon cœur exulte, mon âme est en fête. Tu ne peux m’abandonner à la mort, ni laisser ton ami voir la corruption. ». Jésus à cause de sa fidélité et de son obéissance à l’endroit de Dieu son Père, en raison de sa divinité et parce qu’il est l’agneau sans défauts et sans tache n’a pas connu la dégradation du tombeau. C’est en lui que ces paroles du psalmiste trouvent leur accomplissement comme nous le fait comprendre l’apôtre Pierre dans sa prédication.
Ce psaume nous met aux prises avec la vérité de la résurrection, mystère que ne comprennent pas évidemment certains disciples de Jésus. C’est bien le cas des disciples d’Emmaüs, qui noués par le découragement retournent la mort dans l’âme dans leur village. Sur le chemin du retour, ils font route sans le savoir avec le Ressuscité.
Ce récit des disciples d’Emmaüs est une pièce très importante dans l’annonce de la résurrection. C’est une pièce unique dont saint Luc est le seul rapporteur. Cet épisode de la vie du ressuscité est d’une actualité saisissante. Car cette scène dépeint en effet chacune de nos personnes, dans son cheminement avec le Ressuscité ; cheminement marqué par les doutes, les peurs, le découragement. Chacun de nous peut s’identifier aux disciples d’Emmaüs. Tout comme eux, nous sommes marqués par la tristesse, la fatigue et le découragement en ce temps de pandémie. Nous aurions voulu que tout ce mal disparaisse soudainement et nous fasse vraiment croire qu’il est ressuscité.
Les disciples d’Emmaüs n’ont pas vu le Ressuscité. Tout ce qu’ils savent leur a été rapporté par quelques femmes de leur groupe et par ceux qui sont allés faire le constat du tombeau vide. Mais lui, ils ne l’ont pas vu. Le tombeau vide à lui seul ne prouve pas en fait la vérité de la résurrection. Et c’est à cette hypothèse que sont attachés les disciples d’Emmaüs, qui s’inscrivent en quelque sorte dans la logique de Thomas : voir avant de croire. C’est pourquoi, le Ressuscité les rejoint dans leurs doutes et leur réexplique à partir des Ecritures ce qui le concernait.
Aller au contact des Ecritures dissipent nos doutes et nos peurs. Cette démarche a le mérite de nous aider à comprendre le dessein de salut et d’amour de Dieu. Tous nos questionnements sur l’histoire du salut trouvent leur réponse dans les Ecritures. Et c’est bien pourquoi Jésus s’en sert pour éclairer la lanterne de ses disciples déboussolés. Il ne se révèle pas à eux directement. Il le fait progressivement en partant des Ecritures. Et le couronnement de cette révélation a lieu dans la fraction du pain. C’est là qu’ils le reconnaissent. Pour leur montrer qu’il est vivant, Jésus ressuscité apparaît à ses amis. Et le lieu de cette théophanie pour nous hommes de ce temps, c’est le sacrement de l’eucharistie, signe de la présence permanente et perpétuelle de Jésus ressuscité. Au cœur de nos doutes, en ce temps où sévit cette pandémie qui nous pousse au découragement et à l’angoisse, sachons-nous tourner vers le ressuscité, qui fait route avec nous, sans que nous puissions le reconnaître parfois.
Le récit des disciples d’Emmaüs nous invite à oser la rencontre, l’expérience personnelle avec le Ressuscité. Sans une rencontre personnelle avec le ressuscité, il est impossible d’être témoin de la résurrection. Les deux disciples d’Emmaüs en dépit de la nuit qui tombait repartent tous joyeux à Jérusalem, partager la joie de cette rencontre aux autres disciples. C’est cela le dynamisme de Pâques. Cette joie d’avoir vu le ressuscité pousse à l’annonce, et stimule dans le témoignage de vie. Notre monde présent en proie à cette crise sanitaire a davantage besoin des témoins du Ressuscité pour semer les valeurs de l’amour et de l’espérance.

P. Cyrille Muriel

DIMANCHE DE LA MISERICORDE DIVINE 2020

DIMANCHE DE LA MISERICORDE DIVINE 2020

Frères et soeurs, bonjour à tous.

Christ est ressuscité, il est vraiment vivant ! La même joie pascale du dimanche dernier est appelée à nous habiter aujourd’hui encore en ce 2e dimanche de Pâques qui est traditionnellement appelé le dimanche du « Quasi-modo » (de la même manière) : vivons cette célébration de la même manière que nous avons vécu celle de Pâques !

Oui, c’est le 2e dimanche de Pâques que le bienheureux Jean-Paul II était béatifié ; il avait fait également de ce jour « le dimanche de la Divine Miséricorde ». Un dimanche pour rendre grâce au Seigneur de la surabondance de sa Miséricorde.

En effet, la fête de la divine miséricorde » avait été demandée à une religieuse polonaise, Sr Faustine, par le Christ lui-même qui en avait fixé la date. Pour marquer cette date, le 30 avril 2000, saint Jean Paul II avait canonisé soeur Marie Faustine Kowalska, une religieuse polonaise qui avait reçu du Christ au début du vingtième siècle des révélations étonnantes au sujet de la divine miséricorde. Au cours de cette cérémonie, le pape avait répondu à une des demandes que le Christ avait faites dans ces révélations : que l’Eglise tout entière réserve le deuxième dimanche de Pâques pour honorer et commémorer la miséricorde infinie de Dieu. Mais c’est étonnant que sur le plan liturgique, le mot de « miséricorde » ne figure dans aucun des trois textes d’Écriture de ce jour et que l’appel de Jésus à Thomas oriente l’attention du coté de la foi en Jésus. Comment cette miséricorde nous est-elle révélée dans les lectures de ce jour ?

Tout d’abord, nous voyons la miséricorde à l’oeuvre dans l’attitude du Christ envers les hommes qui sont les apôtres qu’il avait choisis, mais qui l’avaient abandonné l’avant-veille. Ils l’avaient abandonné juste au moment le plus difficile, mais Jésus, lui, n’allait pas les abandonner. Il ne se laisse pas arrêter par les portes fermées, ni par celles du lieu où ils se tenaient, ni celles de leurs coeurs angoissés. Il ne les a pas livrés à leur sort. Il leur apporte la paix. Et il leur renouvelle sa confiance en les confirmant dans leur mission : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

Nous voyons la miséricorde de Dieu dans la réaction du Christ envers les hommes qui l’avaient crucifié. Est-ce qu’il les anéantit en guise de vengeance ? Non. Au contraire, il leur envoie ses apôtres pour leur dire, à eux et à tous les pécheurs, à tous ceux qui, par leurs péchés, ont crucifié leur Dieu, qu’ils peuvent être sauvés, que Dieu ne les condamne pas.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, l’apôtre Thomas fait justement l’expérience de la miséricorde de Dieu, qui a un visage concret, celui de Jésus, de Jésus Ressuscité. Thomas ne se fie pas à ce que les autres Apôtres lui disent : « Nous avons vu le Seigneur » ; la promesse de Jésus qui avait annoncé : je ressusciterai le troisième jour, ne lui suffit pas. Il veut voir, il veut mettre sa main dans la marque des clous et dans son côté. Et quelle est la réaction de Jésus? La patience : Jésus n’abandonne pas Thomas l’entêté dans son incrédulité ; il lui donne le temps d’une semaine, il ne ferme pas la porte, il attend. Et Thomas reconnaît sa propre pauvreté, son peu de foi. « Mon Seigneur et mon Dieu » : par cette invocation simple mais pleine de foi, il répond à la patience de Jésus. Il se laisse envelopper par la miséricorde divine, il la voit en face, dans les plaies des mains et des pieds, dans le côté ouvert, et il retrouve la confiance : il est un homme nouveau, non plus incrédule, mais croyant.

Et rappelons-nous aussi Pierre : par trois fois il renie Jésus, juste au moment où il devait lui être plus proche ; et quand il touche le fond, il rencontre le regard de Jésus qui, avec patience, sans paroles, lui dit : « Pierre, n’aies pas peur de ta faiblesse, aies confiance en moi » ; et Pierre comprend, sent le regard d’amour de Jésus et pleure. Qu’il est beau, ce regard de Jésus, que de tendresse ! Frères et soeurs, ne perdons jamais confiance en la miséricorde patiente de Dieu !

Pensons aux deux disciples d’Emmaüs : le visage triste, une marche vaine, sans espérance. Mais Jésus ne les abandonne pas : il parcourt le chemin avec eux, et pas seulement ! Avec patience, il explique les Écritures qui le concernaient et il reste avec eux pour partager le repas. C’est le style de Dieu : il n’est pas impatient comme nous, nous qui voulons souvent tout et tout de suite, même avec les personnes. Dieu est patient avec nous car il nous aime, et qui aime comprend, espère, fait confiance, n’abandonne pas, ne coupe pas les ponts, sait pardonner. Souvenons-nous de cela dans notre vie de chrétiens : Dieu nous attend toujours, même quand nous nous sommes éloignés ! Lui n’est jamais loin, et si nous revenons à lui, il est prêt à nous embrasser.

Je voudrais souligner un autre élément : la patience de Dieu doit trouver en nous le courage de revenir à lui, quelle que soit l’erreur, quel que soit le péché qui est dans notre vie. Jésus invite Thomas à mettre la main dans les plaies de ses mains et de ses pieds, et dans la blessure de son côté. Nous aussi nous pouvons entrer dans les plaies de Jésus, nous pouvons le toucher réellement ; et cela arrive chaque fois que nous recevons avec foi les Sacrements. Dans son homélie saint Bernard disait : Par les plaies de Jésus, je puis goûter le miel de ce roc et l’huile qui coule de la pierre très dure (Dt 32, 13), c’est-à-dire goûter et voir combien le Seigneur est bon (Cantique des Cantiques 61, 4). C’est justement dans les plaies de Jésus que nous sommes assurés, c’est là que se manifeste l’immense amour de son coeur. Thomas l’avait compris. Sur quoi pouvons-nous compter ? Sur nos mérites ? Non ! Notre mérite, c’est

la miséricorde du Seigneur, et nous ne manquerons pas de mérite tant que la miséricorde ne nous fera pas défaut. Si les miséricordes de Dieu se multiplient, nos mérites seront nombreux.

Ceci est important : le courage de nous en remettre à la miséricorde de Jésus, de compter sur sa patience, de nous refugier toujours dans les plaies de son amour pendant cette crise sanitaire mondiale. Mais notre indifférence, nos fautes (péchés), nos doutes, manque de confiance ; peuvent-ils nous éloigner de la grâce de la miséricorde divine ? Mais qu’arrivera-t-il si nous avons à nous reprocher quantité de fautes ? Saint Paul dit : « Là où le péché s’était multiplié, la grâce a surabondé » (Rm5, 20) ». Quelqu’un pourrait peut-être penser : mon péché est tellement grand, mon éloignement de Dieu est comme celui du plus jeune fils de la parabole, mon incrédulité est comme celle de Thomas ; je n’ai pas le courage de retourner, de penser que Dieu puisse m’accueillir et qu’il m’attende, moi. Mais Dieu t’attend, toi, il te demande seulement le courage de venir à lui.

Chers frères et soeurs, laissons-nous envelopper par la miséricorde de Dieu ; comptons sur sa patience qui nous donne toujours du temps ; ayons le courage de retourner dans sa maison, de demeurer dans les blessures de son amour, en nous laissant aimer par lui, de rencontrer sa miséricorde dans les Sacrements. Nous éprouverons sa tendresse, si belle, nous sentirons qu’il nous embrasse et nous serons nous aussi plus capables de miséricorde, de patience, de pardon, d’amour.

Père Simon MAHOUNGOU

Homélie Vigile Pascale 2020

Homélie Vigile Pascale 2020

Chers sœurs, chers frères,
Au début de cette nuit, le cierge pascal attire tous nos regards depuis nos églises privées (maisons, église familiale) à cause du confinement. Il nous appelle plus que jamais à vivre notre foi commune dans le Christ Ressuscité. La lumière de la Vie divine va nous rejoindre chez nous, en nous, pour nous transformer. Cette lumière s’adresse à tout notre être, où que nous soyons, à notre intelligence et notre cœur : elle vient jaillir du plus profond de nous-mêmes. Jésus avait dit : Je suis venu allumer le feu sur la terre : comme je voudrais qu’il fût déjà allumé. Ce soir, ce feu est allumé ! Il brille et nous réchauffe de l’intérieur en cette nuit pascale : avons-nous conscience que c’est un véritable feu qui vient traverser nos vies, nos maisons, nos communautés?
Orientons notre regard vers le Christ dans le mouvement même où il tourne vers nous son propre visage. Depuis la nuit de Pâques, ce ne sont pas seulement nos églises qui sont orientées vers le soleil levant ; ce sont nos cœurs qui s’orientent pour accueillir la lumière du Seigneur Ressuscité qui se lève et vient vers chacun d’entre nous, au petit matin de ce jour. Aujourd’hui, le Christ est là et, malgré nos pas ou notre souffle hésitants dans la nuit encore présente du confinement, rendons grâce à Celui dont nous savons qu’Il a vaincu nos ténèbres. Il nous aidera à les vaincre définitivement, à commencer par l’obscurité de la mort désormais vaincue.
Oui, « qu’éclate dans le ciel la joie des anges ! Qu’éclate de partout la joie du monde ! Qu’éclate dans l’Eglise la joie des fils de Dieu ! » (Exultet) Le Christ est ressuscité, Alléluia ! Toute la liturgie de cette veillée pascale révèle Dieu et son action pour l’homme. Il a créé le monde par amour. C’est la révélation du livre de la Genèse : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » (1ere lecture). Dieu s’est révélé aux fils d’Israël comme le Dieu libérateur. Il nous libère de toutes nos angoisses, de tout ce qui pèse sur nos épaules, de la servitude et de la mort: « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens » (Ex 3,7-8). Et « Israël vit avec quelle main puissante le Seigneur avait agi contre l’Egypte » (2e lecture).
Le Seigneur s’est révélé à l’homme comme le Dieu de l’Alliance qui invite à la conversion : « Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon » (3e lecture). Dieu se révèle enfin, comme le Dieu de la vie et non de la mort : « Si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous dit l’apôtre Paul, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui ». Par sa résurrection, le Christ a dépossédé la mort de son empire et nous a introduits dans la vie de Dieu. La résurrection du Christ devient ainsi le mystère central de notre foi. Mystère que nous sommes conviés à proclamer à chaque célébration eucharistique : « nous proclamons ta mort Seigneur, nous célébrons ta résurrection et nous attendons ta venue dans la gloire ! » (Anamnèse). C’est désormais à la lumière de la résurrection que nous comprenons la vocation de tout baptisé, appelé à bannir toute peur et toute crainte. « Vous, soyez sans crainte ! » dit l’ange aux femmes avant que Jésus lui-même ne le leur répète avec un envoi en mission : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront » (évangile). La mission de tout baptisé, c’est d’annoncer à tous les hommes que Jésus est vivant et « qu’il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,11).
Pensons à Julie et Clément, même si à cause du confinement, restent en attente de leur baptême. Ils sont une joie pour notre communauté paroissiale et pour la grande Eglise de Jésus Christ, ce peuple des rachetés. Votre baptême nous rappelle ce que nous sommes réellement : nous sommes re-nés dans le Christ. Oui, « dans sa grande miséricorde, Dieu nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts » (1 P 1,3). Votre baptême rehaussera notre joie pascale. Julie et Clément nous rappelez que si par notre baptême « nous sommes morts avec le Christ, avec lui nous vivrons » (2 Tm 2,11). Nous vous remercions de nous donner cette joie et notre prière vous accompagne durant ce temps d’attente, pour que le jour de votre baptême, vous soyez des chrétiens dignes de ce nom, courageux, costauds, intrépides, capables d’apporter du sang neuf à notre communauté et à toute l’Eglise et non pas des chrétiens lambda, molo-molo (comme on dit chez moi). Je crois savoir que vous êtes bien accueillis et prenez désormais toute votre place dans notre communauté paroissiale. Je pense aux admis d’office qui n’attendent que leur diplôme.
Frères et sœurs, comme autrefois, nous sommes rejoints en cette nuit par le Ressuscité au bord du tombeau de nos peurs, de nos angoisses, de nos soucis. Il nous rejoint, « nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus » et il nous annonce la bonne nouvelle de sa résurrection. Ne nous replions pas sur nous-mêmes mais réjouissons-nous, car nous sommes « vivants pour Dieu en Jésus Christ ».
En ce temps de confinement, nous cherchons certainement le Jésus Crucifié, mais c’est Lui qui vient d’abord à notre rencontre. Comme dans toute l’Ecriture, c’est qui Dieu nous précède toujours, et qu’il se manifeste là où nous ne l’attendons pas. Voici d’ailleurs qu’ayant quitté le tombeau les femmes voient une nouvelle apparition qui les saisit encore de stupeur, celle de leur maître Jésus, le crucifié, le ressuscité lui-même. Il les accueille en leur disant tout simplement Je vous salue ! Que l’on peut traduire également par Réjouissez-vous ! , Soyez dans la joie ! Soyons dans la joie, car il est avec nous, il est vivant. Il est parmi nous. Avec tous ceux qui nous entourent, puissions-nous éclater de joie en criant : « Il est ressuscité, Il est vraiment ressuscité » !

Homélie 5ème dimanche de carême

Homélie 5ème dimanche de carême

Après les évangiles de la Samaritaine et de l’aveugle-né, voici, avant que ne s’ouvre la semaine sainte, un troisième long récit de saint Jean. Comme les deux précédents, il s’agit d’une catéchèse sur le baptême, sur la « plongée » dans la mort et la Résurrection de Jésus. Tel est le message exigeant qui précède le récit de la Passion que nous lirons dimanche prochain : si l’on veut espérer avoir part à la Résurrection du Christ, il nous faut plonger avec lui dans la mort.
Nous pouvons relever deux notations surprenantes dans le texte : La résurrection de Lazare est, dans le quatrième évangile, le dernier « signe » de Jésus et le plus important. Il se situe six jours avant la pâque, préfigurant en Lazare ce qui va arriver à Jésus. Car c’est bien plus de Jésus que de Lazare dont il est question ici. Deux détails surprenants du récit nous le montrent. D’abord l’étonnante finale du récit. Si vraiment Lazare est revenu de la mort, on s’attendrait à ce qu’il raconte ce qu’il a vu dans son expérience de la mort… comme dans les témoignages de « vie après la vie. » Rien de tout cela. Lazare ne pipe mot et disparaît dans l’arrière-plan tandis que les projecteurs se fixent sur Jésus.
Et puis, avant même cette finale frustrante, il y a ce retard de Jésus qui ne semble pas pressé de partir, alors même qu’on lui dit que son ami est au plus mal. Jésus qui reste encore trois jours sur place avant de se mettre en route. Jésus ensuite qui ose répondre au reproche des deux sœurs : « je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là-bas, afin que vous croyiez. » Une réponse qui serait aussi choquante pour nous aujourd’hui, y égard à la situation du coronavirus. Pourquoi nous ferait-il attendre ? Nos frères, nos sœurs, nos amis sont fauchés par l’épidémie ; ils meurent. Pourquoi n’interviens-tu pas Sgr ? Veut-il notre mort ?
Non frères et sœurs, Dieu n’a pas fait la mort : cette réponse, il faut lui donner toute sa portée à travers la mort de Lazare. Elle vise toutes nos morts. Jésus montre que Dieu n’est pas du côté de la mort, mais de la vie, et que, s’il laisse à la mort un temps son pouvoir, c’est parce que, à travers elle, il donne à l’homme, par la foi, l’espérance d’en sortir vivant et vainqueur. Mais cette victoire, lui-même ne l’obtient qu’en subissant la mort. « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous, » nous dit saint Paul dans la deuxième lecture. De la mort infâme que subira Jésus, va surgir la vie pour tous les enfants de Dieu. Nous l’espérons pour ceux qui fauchés par l’épidémie qui ravage des vies et pour nous-mêmes.
Au cœur du récit évangélique, ce n’est pas le miracle qui importe, mais le dialogue de Jésus avec Marthe. « Je suis la résurrection et la vie », et aussi la réponse de Marthe: « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu qui doit venir dans le monde. » Cette confession de foi de Marthe dans l’Évangile de Jean est bien plus plénière que celle de Pierre : « A qui irions-nous ? Tu as les paroles de vie éternelle » (6, 66-71). Marthe est ici, bien plus que Pierre, le modèle de la croyante. Et même Marie, accablée par le chagrin, sans professer sa foi, se tourne vers Jésus et non vers le sépulcre Dans son immense peine, elle choisit de regarder la vie. Et nous, aurions – nous la simplicité du regard, de nous tourner vers la vie véritable que nous offre le Christ ?
Oui choisir la vie : le texte d’Ézéchiel peut nous aider à appliquer ce récit à notre existence : « Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez de nouveau. » Nous faisons l’expérience de la mort de tant de façons au cours de notre existence. La pandémie mondiale que nous souffrons pour l’instant en est l’illustration. La manière dont Lazare sort du tombeau le montre bien: « les mains et les pieds liés de bandelettes et le visage couvert d’un suaire ». Notre « visage est couvert d’un suaire. ». Ce suaire peut être le masque de mort que nous nous sommes fait pour nous protéger des autres, ou pour nous montrer autre que ce que nous sommes. Peut-être est-ce le masque de nos ambitions, de nos peurs ou de nos mensonges qui sont autant de formes de mort.
Lazare, le pécheur aimé de Jésus comme chacun de nous, du plus profond du royaume de la mort, entend son cri : « viens dehors ! » Il revient des enfers, comme le baptisé remonte de la piscine baptismale. Avec Thomas, « allons-y, nous aussi pour mourir avec lui » et, dans l’Esprit, recevoir « la vie à nos corps mortels. » Avec Marthe, passons de la mort à la vie, en confessant la foi pascale de notre baptême : « tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde. » Avec Marie, tournons les yeux vers le Seigneur. Il ne nous reste que quinze jours d’ici Pâques. C’est l’occasion de supporter patiemment le jeûne et le combat civique contre l’épidémie qui nous est imposée et de relativiser de ce qui pouvait nous paraître si important et qui se révèle souvent bien futile. Accueillons l’invitation à la prière comme une plus grande intimité avec Dieu et un soutien moral pour tous celles et ceux qui sont au front du combat contre le coronavirus : médecins, infirmiers/ères, aides-soignants/tes et chercheurs.
Amen